En Centrafrique, Peuls réduits en esclavage par les anti-balaka

Myramou* a un sourire discret sur son visage triste. Négligemment, elle pose la main sur son ventre avant de commencer à raconter son histoire. « J’étais détenue depuis des mois par les anti-balaka, dans un village en brousse, commence-t-elle avant de s’interrompre. Ils nous forçaient à travailler pour eux dans les champs. Ils nous battaient. Et puis moi ils m’ont… »

Sa voix s’éteint et elle troque le français pour le sango, sa langue natale : « … Ils m’ont violée », termine t-elle dans un souffle. Aujourd’hui, Myramou est enceinte de cinq mois. Son premier enfant. « Personne ne devrait avoir à subir ce genre de chose. Ce que j’ai dans mon ventre, je ne sais pas ce que c’est. Ce n’est pas à moi. »

« Graves violations des droits de l’homme »

Dans des petits villages éparpillés à 300 km au nord-ouest de Bangui, des groupes armés affiliés aux anti-balaka (une milice majoritairement composée de chrétiens) exploitent en toute impunité ces nomades musulmans qu’ils ont progressivement réduits en esclavage. En 2014, alors que les anti-balaka reprennent le contrôle de Bangui, les civils musulmans sont contraints de fuir par la route et tentent de rejoindre le Cameroun ou le Tchad. Beaucoup n’y parviendront jamais.

« Cet événement témoigne de ce qu’est la réalité Centrafricaine aujourd’hui. La situation est pacifiée dans les zones urbaines, mais des exactions sont commises tous les jours en brousse et ne sont pas documentées », insiste Dalia Alachi, la porte-parole du Haut-commissariat aux réfugiés (HCR), qui parle de « graves violations des droits de l’homme ».

Son calvaire, Myramou a dû le supporter près d’un an. Le 4 avril 2015, une mission conjointe des Casques bleus et du HCR a permis de la libérer, avec 20 autres peuls retenus captifs.

« Sur les 6 femmes récupérées, trois ont été violées et sont traumatisées par ce qu’elles ont vécu. Tous ont rapporté des cas de tortures et de travaux forcés », détaille Dalia Alachi.

Myramou n’a pas été la seule à subir ces sévices sexuels. D’autres nomades ont servi de concubine pour des chefs anti-balaka locaux. Les hommes eux, sont progressivement éliminés comme le rapportent des Peuls à l’ONG Human Right Watch (HRW). « Ils (les anti-balaka, N.D.L.R.) disaient, nous ne voulons pas voir d’hommes, nous ne voulons voir que des femmes. »

Des commanditaires connus

Depuis que cette libération a été rendue publique, les missions en brousse s’enchaînent et près d’une trentaine d’autres nomades ont ainsi été extraits des griffes des miliciens. Mais il en resterait « plusieurs dizaines », selon des estimations récentes du HCR et de Human Rights Watch. Ce travail est le fruit de la vigilance des comités de protections locaux, qui alertent les instances onusiennes et les ONG lorsqu’elles apprennent de telles informations. Charge ensuite aux Casques bleus de négocier les conditions de la libération avec les chefs de guerre.

Une fois récupérés par l’ONU, les nomades sont escortés jusqu’à l’enclave musulmane de Yaloké. Ils troquent l’esclavage contre le cantonnement forcé. Le gouvernement centrafricain ne veut plus voir « ses compatriotes quitter le pays, au risque de se faire tuer », sur la route de l’exode, expliquait récemment Eugénie Yarafa, la ministre des affaires sociales. Les commanditaires de ces exactions sont connus et même pointés du doigt par la communauté internationale.

Dans un rapport, Human Rights Watch dénonce « des crimes de guerre ». Mais l’impunité a encore de beaux jours devant elle en Centrafrique, alors même que le projet de cour pénale spéciale vient d’être entériné par les parlementaires.

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