comme quoi on peut être agrégé de philosophie et être un idiot..Profond, politiquement…

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Le Front national a fait l’objet de nombreuses dénonciations des derniers mois au nom de la République. Pour le philosophe Vincent Coussedière, le parti d’extrême droite appartient lui aussi au système des partis pense -il.

La rhétorique révolutionnaire de la rupture ou de la «table rase» s’articule parfaitement avec l’hypocrisie du «front républicain», et permet de capter l’exaspération «populiste» provoquée par l’exercice irresponsable du pouvoir depuis 40 ans. Le FN appartient pleinement à cette histoire, et sans lui, le système des partis, qui produira l’éviction de l’héritage gaullien, n’aurait pu posséder la redoutable efficacité qui fut la sienne. En arrivant au pouvoir, le FN révélerait que l’altérité qu’il incarne est une pure illusion, créée par le dispositif qu’il alimente depuis l’origine. En arrivant au pouvoir,

Quelques jours avant son accession au pouvoir, en 1958 , De Gaulle commentait les gesticulations de ses opposants. Ceux-ci mettaient en garde les français contre le danger que le retour du Général était censé faire peser sur la «République» . De Gaulle remarqua: «La République? Laquelle? Elle est morte et ils ne le savent pas.» (cité par Philippe De Gaulle dans ses Mémoires)

Les plus bruyants défenseurs de la République ont souvent été, dans l’histoire française, ses principaux fossoyeurs. Ceux qu’on présentait comme ses pires ennemis ont parfois été ses meilleurs défenseurs. De Gaulle lui-même, dont on caricatura le «nationalisme», voire qu’on présenta comme «fasciste», non seulement sauva la République, mais en refonda une qui fut la plus longue et la plus solide dans l’histoire de France. L’Histoire, disait Marx, débute en tragédie et se répète en farce. La farce, aujourd’hui, c’est l’hystérie «républicaine» qui se déchaîne contre Marine Le Pen et le FN, réputés menacer la République, par des «républicains» n’ayant visiblement pas compris, ou faisant semblant de ne pas comprendre, que la République était déjà morte depuis belle lurette. La farce, c’est aussi Marine Le Pen se prenant pour la réincarnation de De Gaulle en sauveur de la Nation. Mais la répétition de la tragédie en farce masque la véritable tragédie , c’est même là son rôle essentiel: les acteurs, tout occupés à jouer leur psychodrame, espèrent détourner les spectateurs du véritable naufrage.

Il y a beaucoup d’inconscience, d’irresponsabilité et de mensonge à prétendre sans arrêt vouloir refonder la République ou la défendre à travers la ligne Maginot d’un prétendu «front républicain». Où la ligne de «front» pourrait-elle passer, dès lors qu’il apparaît qu’il n’y a plus rien à défendre, que les lignes ont été enfoncées depuis longtemps, et que la défaite a été consommée? Mais le FN se prête aussi symétriquement à cet exercice, et joue un rôle tout aussi important dans le maintien du dispositif d’une République fictive, dont on masque aux Français le mensonge foncier. La rhétorique révolutionnaire de la rupture ou de la «table rase» s’articule parfaitement avec l’hypocrisie du «front républicain», et permet de capter l’exaspération «populiste» provoquée par l’exercice irresponsable du pouvoir depuis 40 ans.

Ce dispositif n’est pas nouveau, et malheureusement la «farce» dure depuis les années Mitterrand. Elle n’a fait que s’exaspérer et s’hystériser depuis, mobilisant la vie politique française autour d’un gigantesque psychodrame concernant la montée du Front National. Ce qui frappe aujourd’hui, avec le recul, c’est l’extrême efficacité du dispositif, qui a produit une sorte d’hallucination collective permettant la sortie de la France de sa trajectoire républicaine, sans que personne ne s’en aperçoive. Pour parler comme Jean Baudrillard, le simulacre de la République devenait plus réel que le réel, et prospérait sur la décomposition lente de celle-ci. La véritable tragédie se déroulait à l’ombre de la farce.

Le FN forme en réalité un système avec les partis qu’on dit à tort «républicains» alors qu’ils sont de purs simulacres, de simples écuries présidentielles ayant réussi à vider le débat politique de tout contenu, en détournant l’attention des Français vers un péril imaginaire, à chaque fois que de véritables choix politiques étaient nécessaires. Ces partis sont en réalité des factions, c’est-à-dire non des partis au sens de la partie au service du tout, poursuivant un véritable projet politique, mais des partis inféodés à l’ambition d’un homme ou de quelques-uns. Les divisions qui structurent le système des partis ne sont plus des divisions politiques, mais des divisions quant à la possession des places et l’obtention du pouvoir personnel. Le système des partis est ainsi devenu un système des factions -selon la fameuse distinction de Burke- incapable d’exprimer une véritable politique, et ne servant plus que des ambitions personnelles. Les Français sont conscients de cette évolution, d’où leur «populisme», c’est-à-dire leur refus de cautionner ce système des partis devenu système des factions. En cela ils ne font pas preuve d’extrémisme, mais d’un véritable désespoir républicain, selon la belle expression de G. Sartori: «Au cours de l’histoire les factions émergent comme le désespoir de la politique, au moins de la politique républicaine.»

Pour sortir de l’impasse dans laquelle nous sommes, il ne suffira donc pas de choisir entre une voie FN et une voie prétendument républicaine. Cette alternative là est un leurre. Lorsque Marine Le Pen attaque le système UMPS, elle oublie qu’elle participe elle-même au dispositif qu’il faudrait appeler UMPS/FN. C’est l’enfermement des Français dans ce dispositif qui constitue l’impasse française.

On se rappelle la méfiance de De Gaulle vis à vis des partis, toujours soupconnés de devenir factions, et de s’éloigner de leur rôle d’expression de la Volonté Générale pour ne se préoccuper que des places à gagner. De Gaulle avait forgé une expression féroce pour désigner ces pseudo-représentants du peuple inféodés aux partis: les «politichiens». Depuis 1974 , c’est cette même «république des partis» qui renaît comme un phénix de ses cendres, au cœur même de la République française voulue par de Gaulle, avec le concours particulièrement efficace d’un orfèvre en la matière, pur produit des élites de la quatrième, et maître «politichien», F. Mitterrand. Certes, il ne fut pas le seul qui participa au démembrement de la république unitaire voulue par De Gaulle, mais il fut l’un des meilleurs artisans de la réapparition de la Quatrième République au coeur de la Cinquième. Le FN appartient pleinement à cette histoire, et sans lui, le système des partis, qui produira l’éviction de l’héritage gaullien, n’aurait pu posséder la redoutable efficacité qui fut la sienne. Mitterrand/Le Pen furent des alliés objectifs dans la tentative de détruire l’héritage du Général, pour lequel ils avaient en commun une même haine ou un même mépris, teintés de ressentiment.

Aujourd’hui le FN aspire à intégrer pleinement le système des partis, c’est-à-dire qu’il aspire au pouvoir. La manière dont il investit les élections locales en est la preuve, et l’on peut sourire de la mode de la référence à De Gaulle chez les dirigeants du FN, en pensant au mépris que le Général affichait pour ces élections. En faisant l’effort de présenter des candidats partout, et à toutes les échéances, le FN se transforme en machine partisane destinée à conquérir le pouvoir. Il devient un membre à part entière de la partitocratie. Faisant son deuil de sa position de parti anti-système, il se transforme peu à peu en parti comme les autres, inscrivant sa différence dans le système des partis, afin de gagner des places sur les plateaux de télévision comme des voix dans les urnes. Le FN n’est pas un parti révolutionnaire, mais un parti anti-système, et un parti anti-système fait partie du système et peut être appelé à gouverner un jour, un peu à la manière des partis communistes français et italiens des années 70/80.

L’UMPS/FN est ainsi devenu une sorte de machine infernale qui précipite le pays vers l’abîme à force de le laisser dans l’immobilité. L’immobilité des faux clivages, des faux enjeux, des fausses mobilisations, des mobilisations immobiles. Le symptôme de cette immobilité effrayante est l’entrée du pays en campagne présidentielle permanente, parce que la machine UMPS/FN est devenue une machine purement autoréférentielle, uniquement destinée à produire un personnel politique favorisant son autoconservation. À peine un scrutin terminé, il s’agit de se préparer à rebondir pour le suivant. Connaissant l’impuissance politique de l’adversaire et la sienne propre, on sait qu’il subira son éviction comme on vient de la subir, et pour les mêmes raisons. On appelle cela l’«alternance» même si on ne sait pas pourquoi, le langage se montrant souvent plus intelligent que son locuteur. L’«alternance» n’est pas l’«alternative», car l’alternance a pour but d’empêcher toute alternative au dispositif de l’UMPS/FN.

L’arrivée au pouvoir du FN ne changerait ainsi fondamendatement rien à la donne, même si on peut penser que seule cette accession au pouvoir pourrait révéler aux Français la gravité de leur situation. En arrivant au pouvoir, le FN révélerait que l’altérité qu’il incarne est une pure illusion, créée par le dispositif qu’il alimente depuis l’origine. En réalité, le FN occupe dans le système des partis ayant détruit la République depuis les années 70 la même place qu’occupait l’union de la gauche avant 1981, et il y a fort à parier qu’il provoquerait, parvenu au pouvoir, la même brutale désillusion que le pouvoir socialiste en son temps.

On ne peut en effet prendre la mesure de l’extraordinaire hallucination provoquée par le FN dans la vie de ce pays si l’on ne réalise pas qu’elle est le symptôme d’un désir profond que tout change pour que rien ne change. Si le FN est effrayant, ce n’est pas par son extrémisme, mais par la névrose de répétition de la société française dont il est le symptôme. Il incarne l’aboutissement de la dépolitisation totale de la France depuis l’après-guerre, par-delà le sursaut gaullien. L’évolution du FN vers une sorte de socialisme national est, à cet égard, tout à fait révélatrice. Ce que le FN veut conserver, ce n’est pas la tradition républicaine redécouverte par De Gaulle, c’est L’État-Providence réservé au nationaux. L’Immigration et l’Europe, là dedans, ne sont qu’une variable d’ajustement au système des partis: Mitterrand, c’était l’État-Providence grâce à l’Immigration et à l’Europe, Marine Le Pen c’est l’État-Providence grâce à l’absence d’Immigration et d’Europe. Dans les deux cas, il faut tout changer pour que rien ne change, c’est-à-dire pour que se poursuive l’illusion d’une réalisation totale de l’individu à l’ombre d’un État tout puissant. Les Français, là dedans, continuent à être pris pour des enfants, et non pour un peuple capable de liberté.

* Nota

Bien qu’ en instaurant la proportionnelle intégrale, il fera  preuve de volonté démocratique réelle  et qu’installant le référendum d’initiative populaire simple, avec 3 % des inscrits pour une demande votation et  avec un quorum  de 40 % minimum   de votes exprimés , ce serait effectivement une democratie  du peuple, par le  peuple et pour le peuple,  ce qu’ il sera obligé de faire en arrivant au  pouvoir, pour faire des lois, n’ayant ni la majorité à la chambre des députés, même relative, ni le Sénat.. et cela enfin ramènerait  la vraie  democratie enfin en France.

 

 

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