le pacifisme obsessionnel, le poison des bien-pensant,

En complément du numéro spécial Grande Guerre, Patrick Cabanel, professeur d’histoire contemporaine à l’université Toulouse II – Le Mirail, revient sur les conséquences du traumatisme de la première guerre mondiale sur le pacifisme de l’entre-deux-guerres, avec toutes ses dérives face à l’hitlérisme.

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Avant 14-18, le pacifisme est une idéologie très parcellaire et militante, où les protestants tiennent le haut du pavé. C’est le groupe « La paix par le droit » fondé par des lycéens protestants de Nîmes. Ce sont des petits cercles et réseaux typiques des militants de la IIIe République, qui sont aussi féministes et dreyfusards. Ils sont la courroie de transmission de l’idéologie de la Société des Nations. Mais ce n’est pas un pacifisme de masse.

Après 1918, le pacifisme change radicalement de quantité et de surface. Désormais, à côté de cette idéologie militante des gens de gauche, il y a un sentiment de masse qui est partagé par la quasi-totalité de la population française. La pacifisme devient le « bien commun », et une très grande partie de la droite, qui était avant 1914 patriote voire nationaliste, rallie le pacifisme. Il y a donc un brouillage des frontières, qui est le signe d’un malaise. C’est ce que j’appelle le « pacifisme émotion » de l’entre-deux-guerres. C’est ce qui devient la chose la plus partagée, alors qu’avant c’était le patriotisme.

Avant 1914, le patriotisme n’était pas revanchard ni haineux, et les gens n’étaient pas prêts à se faire tuer pour récupérer l’Alsace-Lorraine, mais quand on leur a demandé d’y aller, ils y sont allés. Ce patriotisme a disparu après 18 et a été remplacé par le pacifisme.

Cela est dû au traumatisme de 14-18. La France a été frappée à mort. En 1914, elle comptait 40 millions d’habitants, pour 60 millions d’Allemands, et elle ne faisait plus d’enfants depuis longtemps. Il y a en 1918 une peur de la décadence démographique, aggravé par tous ces enfants qui ne sont pas nés pendant la guerre, et le 1,5 million de morts, tous ces hommes qui ne seront jamais ni jeunes papas ni jeunes maris. Cette catastrophe démographique pousse les gens à se dire : « Plus jamais ça. »  humanité-pacte-soviétique

C’est le drame de la France, de l’Europe et des Juifs de s’être laissé obséder par ce pacifisme, qu’on va mettre au dessus même de la lutte pour la démocratie. Ce pacifisme maladif et obsessionnel va conduire la France à des démissions collectives honteuses, comme Munich (photo des Accords de Munich). C’est la politique de l’apaisement : tout plutôt que le risque d’une nouvelle guerre.

C’est pour cela que la France se prépare à la guerre trop tard. En 1940, les gens ne savent pas pourquoi ils font la guerre. En 1914, ils savaient : ils se défendaient contre les « barbares allemands ». Mais en 1940, ils ont peur de mourir pour rien, de recommencer, que cela profite aux rouges ou aux Juifs allemands. D’ailleurs, la France a perdu cette guerre en un mois, car elle ne savait pas pourquoi elle la faisait et ne voulait pas la faire. La France a perdu cette guerre, et c’est un fruit perverti du pacifisme.

Cette France malade du pacifisme a abandonné les Tchèques, les Autrichiens, la République espagnole, elle a fini par s’abandonner elle-même et la démocratie avec Pétain.

On peut comprendre ce pays qui a peur de mourir. Mais certains, et je trouve que c’est remarquable, ont su guérir de leur pacifisme pour mener une vraie guerre juste, la guerre de l’humanité contre l’inhumanité et de la démocratie contre les totalitarismes. Parmi ceux-là se trouvent Elie Gounelle et Wilfred Monod. Par leurs liens avec l’Église confessante allemande, ils ont compris dès 1933 que ce qui se passait en Allemagne était inouï, que le nazisme était un anti-christianisme et un anti-humanisme et qu’il faudrait peut-être refaire la guerre, mais que ce serait une autre sorte de guerre.   images

Les autres, ceux qui n’ont pas su guérir de leur pacifisme, se sont vite ralliés à Pétain, qui a sorti la France de la guerre, mais à quel prix. Les anti-munichois, qui étaient très rares, se retrouvent chez les résistants, alors que les munichois, même de gauche, ont rallié Pétain. Je déteste la France des années 1930, c’est elle qui prépare l’été 40.

ils étaient pacifique, pacifiste, pourtant.

 

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