Pas de Black M, Emotion ce Jour de commémoration

En Russie, la commémoration du jour de la Victoire, qui marque la fin de la «Grande Guerre patriotique», se veut spectaculaire – un temps fort pour de très nombreux Russes, symbole de grandeur restaurée.

moscou russie poutine

Défilé du 9 mai 2016 à Moscou. Photo: Sipa. Numéro de reportage : AP21893692_000002.

Il y a une semaine, les célébrations du 9 mai ont débuté par la traditionnelle parade. Le défilé des soldats, la présentation des unités blindées, des avions et hélicoptères, des armes de pointe et des machines de guerre visent à faire une démonstration de puissance militaire, à assurer la projection d’une image de force.

L’après-midi, place au cortège du « Régiment immortel », une manifestation spontanée, née en 2012 à l’initiative d’un journaliste, qui se propose de rendre hommage aux anciens combattants. Les participants brandissent les portraits de leurs proches ayant œuvré à la victoire soviétique sur l’Allemagne nazie.

En 2015, à l’occasion du 70e anniversaire de la victoire, le Régiment immortel a pris une ampleur sans précédent. Cette année encore, des centaines de milliers de Russes ont parcouru les rues du centre-ville de Moscou pour converger vers la place Rouge. À Saint-Pétersbourg, le cortège s’est déployé le long de la perspective Nevski. Le Régiment immortel s’est également mis en marche dans toutes les villes de Russie, d’ex-Union soviétique, mais aussi de par le monde, dans près de 50 pays, là où résident des communautés russes : Berlin, Londres, New York, Washington, Buenos Aires…

Au total, des millions de participants, de tous âges. Quelques rares vétérans arborant leurs médailles ; des enfants coiffés de calots kaki, vêtus d’uniformes ; des adolescents en treillis… Les plus âgés fredonnent des chansons des années de guerre. Le succès populaire est indéniable.

Vladimir Poutine s’est joint au cortège de Moscou, une photo de son père à la main, tout en précisant qu’il se refusait à donner à cette action « qui vient du cœur de notre peuple » un caractère bureaucratique, officiel. Il a salué le respect qu’inspirent à toutes les générations ceux qui ont défendu leur pays.

Bien que, contrairement à l’an passé, les chefs d’État étrangers n’aient pas été conviés (à l’exception du président kazakh Noursoultan Nazarbaev), des invités européens étaient cependant présents… dont un couple de Français, sacrés par Vladimir Poutine, qui s’est entretenu avec eux au Kremlin, « meilleurs ambassadeurs de la France ».

Jean-Claude et Micheline Magué sont venus faire offrande des décorations de guerre de leur famille aux parents du défunt officier Prokhorenko, attristés par le silence des médias français sur sa récente disparition en Syrie.

Alexandre Prokhorenko, 25 ans, originaire de la région d’Orenbourg, s’est illustré près dePalmyre, où il était chargé de marquer les cibles terroristes au sol pour aiguiller les avions de chasse des forces spéciales russes. Le 17 mars 2016, le jeune militaire a trouvé la mort en demandant à son commandant de lancer un bombardement sur sa propre position, après s’être retrouvé encerclé par des djihadistes de l’État islamique.

Le 11 avril, un oukaze présidentiel a permis de lui décerner à titre posthume la plus haute distinction honorifique, celle de « héros de la Fédération de Russie ». Sa dépouille, retrouvée fin avril par les forces kurdes syriennes, a été rapatriée. Ses obsèques ont eu lieu le 6 mai, avec les honneurs militaires, le lendemain du concert de l’orchestre symphonique du théâtre Mariinski de Saint-Pétersbourg, dirigé par Valeri Guerguiev, dans l’amphithéâtre antique de Palmyre, retransmis en direct par la télévision publique russe. À cette occasion, les autorités de la ville d’Orenbourg, où un deuil a été décrété, ont dévoilé une plaque commémorant la mort du jeune homme sur la façade de la caserne des officiers.

Les journaux russes ont glorifié pendant des semaines la bravoure d’Alexandre Prokhorenko, de l’étoffe dont on fait les héros. Alexandre est paré de toutes les vertus. On loue sa jeunesse exemplaire, son sens aigu des responsabilités : excellent élève d’extraction modeste, il aidait ses parents après l’école, rêvait d’une carrière militaire depuis l’enfance. On raconte qu’avec sa classe il a planté 600 bouleaux dans une allée. Les uns exaltent son acte d’héroïsme « digne d’un roman », d’autres évoquent « un film d’Hollywood », c’est selon…

L’esprit de sacrifice et l’amour de la patrie ne laissent pas indifférents le monde du spectacle et Internet. En l’honneur du jeune homme, des célébrités récitent le poème Le Fils de l’artilleur, de l’écrivain soviétique Konstantin Simonov ; des clips et montages vidéo sont diffusés sur YouTube. Ces hommages appuyés, sorte de reviviscence de la mémoire de la deuxième guerre, viennent cette fois illustrer une autre guerre, contemporaine, sur un autreterritoire.

Le très lourd tribut soviétique dans la lutte contre le nazisme ne peut être étranger à ce retour obstiné de l’héroïsation, et surtout à cette omniprésence de la guerre dans l’imaginaire collectif. Chansons, cinéma et littérature de guerre continuent d’occuper une place de choix. Il n’est que de citer des classiques comme La Jeune Garde d’Alexandre Fadeev, Dans les tranchées de Stalingrad de Viktor Nekrassov, toujours lus. Pourtant, même à l’époque soviétique, le récit des hauts faits héroïques a alterné avec les témoignages plus personnels et plus tragiques : aux mémoires officiels des généraux ont succédé les ouvrages des vétérans, simples soldats, qui, dans les années 1960, ont fait tomber les canons idéologiques en narrant leur expérience quotidienne au front.

Si le patriotisme, qui prête au soupçon, ne fait plus recette en Occident, la fabrique des héros – petits et grands – fonctionne toujours à plein régime à l’Est.

Rendons à César ce qui est à César  (et là, avec Emotion et Respect) 

Merci Madame Elisabeth Levy

pour info,

Dans la rencontre avec les gouvernants de Suède, Danemark, Finlande, Islande et Norvège, le 13 mai à Washington, le président Obama a dénoncé «la présence croissante et la posture militaire agressive de la Russie dans la région baltique/nordique », en réaffirmant l’engagement des Etats-Unis pour la « défense collective de l’Europe ». Engagement démontré par les faits la veille justement, quand à la base aérienne de Deveselu en Roumanie a été inaugurée la « Aegis Ashore », installation terrestre du système de missiles Aegis des Etats-Unis.

Le secrétaire général de l’Otan Jens Stlotenberg -présent à la cérémonie avec le vice-secrétaire à la Défense Robert Work et le premier ministre roumain Dacian Ciolos- a remercié les Etats-Unis parce qu’avec une telle installation, « la première de son genre avec une base à terre », ils accroissent notablement la capacité de « défendre les alliés européens contre des missiles balistiques de l’extérieur de l’aire euro-atlantique ». Il a ensuite annoncé le début des travaux pour réaliser en Pologne une autre « Aegis Ashore », analogue à celle qui vient d’entrer en fonction en Roumanie. Les deux installations terrestres s’ajoutent à quatre navires lance-missiles du système Aegis qui, déployés par l’US Navy dans la base espagnole de Rota, croisent en Méditerranée, Mer Noire et Mer Baltique ; ainsi qu’à un puissant radar Aegis installé enTurquie et à un centre de commandement en Allemagne.

Affirmant que « notre programme de défense missilistique représente un investissement à long terme contre une menace à long terme », le secrétaire général de l’Otan assure que « ce site en Roumanie, comme celui de Pologne, n’est pas dirigé contre la Russie ». Il fournit ensuite une explication technique : la base en Roumanie, qui « utilise une technologie presque identique à celle utilisée sur les navires Aegis de l’US Navy », est déployée « trop près de la Russie pour pouvoir intercepter les missiles balistiques intercontinentaux russes ».

Quelle est la technologie à laquelle se réfère Stoltenberg ? Aussi bien les navires que les installations terrestres Aegis sont dotés de lanceurs verticaux Mk41 de Lockheed Martin, c’est-à-dire des tubes verticaux (dans le corps du navire ou dans un bunker souterrain) d’où sont lancés les missiles intercepteurs SM-3. C’est ce qui est appelé « bouclier », dont la fonction est en réalité offensive. Si les USA réussissaient à réaliser un système fiable capable d’intercepter les missiles balistiques, ils pourraient tenir la Russie sous la menace d’une first strike nucléaire, en se fiant à la capacité du « bouclier » de neutraliser les effets de représailles. En réalité cela est impossible au stade actuel, parce que la Russie et même la Chine sont en train d’adopter une série de contre-mesures, qui rendent impossibles d’intercepter toutes les têtes nucléaires d’une attaque de missiles. A quoi sert alors le système Aegis basé en Europe, que les USA sont en train de potentialiser ?

C’est la firme Lockheed Martin elle-même qui nous l’explique. En illustrant les caractéristiques techniques du système de lancement vertical Mk 41 -celui qui est installé sur les navires lance-missiles Aegis et maintenant aussi dans la base de Deveselu- elle souligne qu’ile est en mesure de lancer « des missiles pour toutes les missions : anti-aériennes, anti-navire, anti-sous-marins et d’attaque contre des objectifs terrestres ». Chaque tube de lancement est adaptable à n’importe quel missile, y compris « ceux plus grands pour la défense contre les missiles balistiques et ceux pour l’attaque à longue portée ». On spécifie même les types : « le Standard Missile 3 (SM-3) et le missile de croisière Tomahawk ».

A la lumière de cette explication technique, la précision apportée par Stoltenberg, à savoir que l’installation missilistique de Deveselu est déployée « trop près de la Russie pour pouvoir intercepter les missiles balistiques intercontinentaux russes », est tout sauf rassurante. Personne ne peut en effet savoir quels missiles il y a réellement dans les lanceurs verticaux de la base de Deveselu et dans ceux qui sont à bord des navires qui croisent à la limite des eaux territoriales russes. Ne pouvant pas contrôler, Moscou tient pour sûr qu’il y ait aussi des missiles d’attaque nucléaire.

L’inauguration de l’installation missilistique étasunienne à Deveselu peut signer la fin du Traité sur les forces nucléaires intermédiaires qui, signé par les USA et l’URSS en 1987, permit d’éliminer les missiles de bases à terre et de portée comprise entre 500 et 5500 km : les SS-20 basés en URSS, les Pershing 2 et les Tomahawk étasuniens déployés en Allemagne et en Italie.

L’Europe revient ainsi à un climat de guerre froide, tout à l’avantage des Etats-Unis qui peuvent ainsi accroître leur influence sur les alliés européens. Ce n’est pas un hasard si dans la rencontre à Washington, Obama a mis en évidence le consensus européen pour le maintien des sanctions contre la Russie, en faisant les louanges notamment de « Danemark, Finlande et Suède qui, comme membres de l’Ue, soutiennent fortement le Ttip, traité que je réaffirme vouloir conclure avant la fin de l’année ».

Dans les lanceurs verticaux de Lokheed il y a aussi le missile Ttip.

 

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